Marc lit paisiblement un livre chez lui. Un roman de Céline (Louis-Ferdinand, et non Dion), avec en sourdine un bon vieux tube des années 80. Rien de mieux pour entretenir son état d'ermite. L'extérieur lui fait peur depuis quelques semaines. Il tente bien que mal de chasser ce vague sentiment qu'il ressent par de trop longs moments. Il tente de sortir et de casser cet isolement qu'il s'afflige à lui-même. Moins on sort et moins on n'a le goût de sortir, paraît-il. Alors Marc essaie donc de combattre ce cercle vicieux. Mais il désespère lentement de n'être qu'un loup solitaire qui ne veut et n'a besoin de personne. Et à force de projeter cela vers les autres, ce sont ces derniers qui ne voudront plus de lui. Il sort et il va vers les autres, mais un goût amer lui reste toujours dans la bouche. Il ressent presque toujours cette étrange sensation. Et cette dernière a plusieurs causes : son incapacité à s'intégrer à un groupe de plus de 5 personnes (surtout si ces personnes ne lui donnent pas une impression d'ouverture), l'auto-réflexivité qu'il s'impose en plein milieu de l'exercice de socialisation (c'est d'ailleurs une constante dans presque toutes les autres sphères de sa vie), le sentiment récurrent de se sentir inintéressant et, par là, jugé, etc. Chez lui, avec lui-même, il n'a pas à affronter ces sentiments et tout devient plus simple. Sa liberté est totale, aucune contrainte ne lui est imposé, sinon celles de son environnement immédiat et de ses propres capacités, ce qui est bien suffisant.
Il est donc rendu au point affolant où il se rend compte qu'il est désespéré du monde extérieur, de la "société", pour emprunter un terme globalisant et à la fois réducteur. Il se sent de plus en plus incompétent et inapte dans un monde où tous semblent capables de fonctionner normalement en interaction avec les autres, alors que lui peine à garder un emploi et de la motivation pour accomplir les plus petites tâches ménagères. Il éprouve aussi la peur, qui refait à nouveau surface dans son esprit, de se lasser de tout : études, travail, routine, changement de routine, amis, ennemis, etc. Une chose et son contraire ne peuvent plus le satisfaire, le rendre heureux, lui arracher un sourire ou le motiver à améliorer sa condition. Enfin, oui, certaines choses réussissent à le rendre heureux, mais ces activités ne durent jamais très longtemps et la réalité le rattrape rapidement. Écouter de la musique ne peut pas être un emploi. À moins d'être chanceux, d'avoir des contacts ou d'avoir une oreille musicale surdéveloppée. Mais Marc n'a rien de cela. Du moins c'est ce qu'il se répète, question de ne pas trop se faire d'attente dans la vie. Plus on a d'attentes et plus on a de chances d'êtres déçu. C'est la philosophie de Marc. Plutôt défaitiste, direz-vous. Mais Marc est fait ainsi. Il a déjà essayé de se souhaiter des bonnes choses, d'être positif et tout et tout. Mais il est seulement retombé de plus haut et s'est fait encore plus mal. Il ne faut pas se méprendre non plus : Marc n'est pas tout le temps négatif, c'est seulement qu'il évite de s'emballer et de se faire des plans d'avenir par peur d'être déçu. C'est le poids des années et l'expérience de la vie qui lui rentrent dedans de plein fouet. Plus les années passent et plus il se sent blasé. Si c'est ainsi au milieu de la vingtaine, qu'est-ce que ça va être dans 5 ou 10 ans? La réponse à cette question l'effraie et c'est pourquoi notamment il se réfugie dans les livres et la musique.

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