mercredi 14 juillet 2010

Folie ordinaire

Marc lit paisiblement un livre chez lui. Un roman de Céline (Louis-Ferdinand, et non Dion), avec en sourdine un bon vieux tube des années 80. Rien de mieux pour entretenir son état d'ermite. L'extérieur lui fait peur depuis quelques semaines. Il tente bien que mal de chasser ce vague sentiment qu'il ressent par de trop longs moments. Il tente de sortir et de casser cet isolement qu'il s'afflige à lui-même. Moins on sort et moins on n'a le goût de sortir, paraît-il. Alors Marc essaie donc de combattre ce cercle vicieux. Mais il désespère lentement de n'être qu'un loup solitaire qui ne veut et n'a besoin de personne. Et à force de projeter cela vers les autres, ce sont ces derniers qui ne voudront plus de lui. Il sort et il va vers les autres, mais un goût amer lui reste toujours dans la bouche. Il ressent presque toujours cette étrange sensation. Et cette dernière a plusieurs causes : son incapacité à s'intégrer à un groupe de plus de 5 personnes (surtout si ces personnes ne lui donnent pas une impression d'ouverture), l'auto-réflexivité qu'il s'impose en plein milieu de l'exercice de socialisation (c'est d'ailleurs une constante dans presque toutes les autres sphères de sa vie), le sentiment récurrent de se sentir inintéressant et, par là, jugé, etc. Chez lui, avec lui-même, il n'a pas à affronter ces sentiments et tout devient plus simple. Sa liberté est totale, aucune contrainte ne lui est imposé, sinon celles de son environnement immédiat et de ses propres capacités, ce qui est bien suffisant.

Il est donc rendu au point affolant où il se rend compte qu'il est désespéré du monde extérieur, de la "société", pour emprunter un terme globalisant et à la fois réducteur. Il se sent de plus en plus incompétent et inapte dans un monde où tous semblent capables de fonctionner normalement en interaction avec les autres, alors que lui peine à garder un emploi et de la motivation pour accomplir les plus petites tâches ménagères. Il éprouve aussi la peur, qui refait à nouveau surface dans son esprit, de se lasser de tout : études, travail, routine, changement de routine, amis, ennemis, etc. Une chose et son contraire ne peuvent plus le satisfaire, le rendre heureux, lui arracher un sourire ou le motiver à améliorer sa condition. Enfin, oui, certaines choses réussissent à le rendre heureux, mais ces activités ne durent jamais très longtemps et la réalité le rattrape rapidement. Écouter de la musique ne peut pas être un emploi. À moins d'être chanceux, d'avoir des contacts ou d'avoir une oreille musicale surdéveloppée. Mais Marc n'a rien de cela. Du moins c'est ce qu'il se répète, question de ne pas trop se faire d'attente dans la vie. Plus on a d'attentes et plus on a de chances d'êtres déçu. C'est la philosophie de Marc. Plutôt défaitiste, direz-vous. Mais Marc est fait ainsi. Il a déjà essayé de se souhaiter des bonnes choses, d'être positif et tout et tout. Mais il est seulement retombé de plus haut et s'est fait encore plus mal. Il ne faut pas se méprendre non plus : Marc n'est pas tout le temps négatif, c'est seulement qu'il évite de s'emballer et de se faire des plans d'avenir par peur d'être déçu. C'est le poids des années et l'expérience de la vie qui lui rentrent dedans de plein fouet. Plus les années passent et plus il se sent blasé. Si c'est ainsi au milieu de la vingtaine, qu'est-ce que ça va être dans 5 ou 10 ans? La réponse à cette question l'effraie et c'est pourquoi notamment il se réfugie dans les livres et la musique.

lundi 7 juin 2010

Indifférence et satisfaction

Le regard dans le vide, Martine écoute le dernier album de Catherine Durand et est pensive. Elle a hâte de rentrer à la maison après une dure journée au travail. Tout semble avoir mal été aujourd'hui : le gérant qui était sur son dos, les clients qui se plaignaient de ci et de ça. Même la machine à café a lâché alors qu'une dizaine de clients attendaient leur café. De toute façon, il goûte l'eau de vaisselle, le café. Elle le pense, mais ne le dira pas toutefois. Tim Hortons ne tolère pas la critique. Elle ne croit pas non plus que beaucoup de gens soient capables d'encaisser une critique sans rechigner. Accepter le verdict d'autrui sur ce que nous faisons, sur nos actions, et, par là même, sur ce que nous sommes demande une force intérieure que Martine ne croit pas avoir en ce moment. Mais elle ne se pense pas moins bonne ou meilleure que les autres à ce sujet. Elle a d'ailleurs appris avec le temps que, malgré l'assurance que certains affichent, la plupart doutent tout autant qu'elle. Mais elle se demande toujours comment être capable d'accepter la critique et les réprimandes des autres. Se bâtir une carapace d'indifférence ou avoir une meilleure confiance en soi? Elle ne pense pas non plus qu'il y ait une recette miracle. Chacun fait sa route à sa façon.

Donc Martine attend toujours le métro - le dernier -, et se dit que c'est tout le temps à elle que ces choses là arrivent. Les portes du précédent métro lui ont fermé au visage et elle doit maintenant attendre en silence le wagon qui la ramènera chez elle. À côté d'elle, des fêtards aguerris finissent de célébrer la vie et lui rappellent qu'elle n'a que très peu d'amis avec qui passer des bons moments de ce genre. Ses amis préfèrent plutôt regarder des films insipides et jouer à des jeux vidéos débilitants. Parfois, elle se demande si ses amis sont vraiment ses amis en fait. De vieilles amitiés conservées grâce aux années et à quelques aventures communes finissent souvent par céder au passage du temps et aux changements qui surviennent dans nos vies et nos cœurs. Mais une vieille amitié est parfois comme un vieux couple : les personnes impliquées savent pertinemment que l'expérience commune n'a pas d'avenir, mais la maintiennent en vie parce qu'il est plus simple de ne rien dire, de peur de faire de la peine à l'autre. Le mensonge et l'abnégation sont faciles à porter après les premières années de déception et de douleur. Et si on a été élevé de la sorte, la période d'adaptation est encore plus courte…

Le dernier métro arrive finalement. Martine prend place et espère que sa virée souterraine passe rapidement. Explorer les bas-fonds montréalais la déprime après quelques années. L'émerveillement des premiers déplacements s'est depuis longtemps dissipé. Prendre l'autobus la déprime aussi, il faut le dire. La grisaille des derniers jours la conforte dans son malheur intérieur. Elle n'aura ainsi pas besoin de faire semblant d'être heureuse qu'il fasse beau et pourra aisément meubler ses dialogues professionnels avec la température maussade. Au moins elle ne travaille pas demain et n'aura pas à subir la mauvaise humeur de ses clients. La sienne suffira.

vendredi 1 janvier 2010

Fin d'année et début

(Petits problèmes techniques ce soir : la fin du texte apparaît seulement si on la sélectionne, comme si on voulait la copier, disons. Désolé pour le désagrément.)

Le coeur se noue. Les respirations deviennent plus nerveuses. Le moment est unique, du moins dans une année. 4, 3, 2, 1... Voilà, c'est la nouvelle année! Exit 2009, voici 2010! Bonne année! ... Ah oui, je suis seul, alors je vais garder ces paroles pour moi. Eh oui, pour une deuxième année consécutive, j'étais seul le 31 décembre. Seul comme dans zéro, comme dans ne cherchez pas, il n'y a personne d'autre que moi, personne d'autre à qui dire bonne année, ou avec qui partager ces dernières secondes d'une année qui s'en va pour laisser la place à une autre qui arrive avec son lot de résolutions, de promesses et d'inattendus.

Je me suis donc rendu à l'évidence : ce n'est vraiment pas agréable de vivre en solitaire ces moments normalement euphoriques. Oui, je suis solitaire, mais certains événements sont plus difficilement vivables avec sa seule personne. La soirée était correcte, comme à l'habitude, sinon un peu fébrile. Quelques parties de hockey, American beauty et Natural born killers ont fait leur travail de diversion et de fuite à laquelle je suis habitué depuis quelques temps. Les dernières dizaines de minutes ont cependant suffi pour me rendre de plus en plus mélancolique à l'approche du moment fatidique, ce moment unique dont je parlais plus haut. Les numéros bien ficelés de RBO ont réussi à noyer ce cruel état d'esprit durant quelques minutes, pour ensuite réapparaître une fois le rire terminé et le rideau tombé.

La comédie pouvait cesser, je me retrouvais encore une fois seul. La fuite a ses limites et je me retrouve tôt ou tard confronté à l'inévitable : je suis seul et personne ou presque ne se soucie de cela (je sais que je dramatise et que je prête des intentions aux gens, je m'en excuse pour les personnes qui pensent tout de même à moi. Je reconnais aussi que j'ai ce don pour m'apitoyer sur mon sort, puisque j'aurais pu sans d'immenses efforts contacter quelqu'un qui ne m'aurait pas laissé passer un 31 décembre seul. Mais ce n'est pas très agréable de s'inviter quelque part à ce temps-ci de l'année. Se sentir de trop dans un endroit où l'on connaît peu ou pas d'individus est pire à mon avis que de rester seul. Et puis je dois dire que je m'étais résigné depuis quelques jours à passer mon 31 décembre seul. Mon état d'esprit anticipé était donc celui de quelqu'un qui savait qu'il serait seul. Et cela, croyez-moi, c'est difficile à changer. Mais merci tout de même aux quelques personnes qui ont tenté de me sortir de mon hibernation. Et merci à Thierry de m'avoir appelé peu après le coup de minuit!). C'est donc à ce moment précis et dans les minutes qui suivent que cela a été le plus difficile. La carapace qu'on tente de se forger devient de plus en plus fragile - si elle ne tombe pas tout simplement.

Le constat qui rattache ce petit malheur et le reste de ma vie est celui d'un monde qui s'écroule, qui n'a plus de repère. Je suis justement allé prendre une marche un peu après minuit et, en mode aléatoire, j'ai écouté la merveilleuse chanson "Hold on to what you believe" de Mumford & Sons : "But hold on to what you believe, in the light, when the darkness has robbed you of all your sight". J'en suis venu les larmes aux yeux. Je me sens en quelque sorte comme un être échoué sur une mer dont je ne reconnais pas les rives. Et je n'ai pas de radeau. Je tente tant bien que mal d'en construire un, mais avec des bâtons de popsicle, ce n'est pas tellement solide. Je suis faible. Je ne sais pas qui je suis, je ne sais pas où je vais, je n'ai pas de copine avec qui passer du bon temps. Et la famille. Que dire de plus, sinon que ce n'est plus comme c'était, et ce, pour plusieurs raisons qui seraient trop longues à énumérer ici. Quelques mots peuvent résumer relativement maladroitement la situation de manière générale : érosion, dislocation et désillusion.

Bref, il se fait tard, et je n'ai pas envie de pleurer ma vie ce soir, d'autant plus que j'ai une collation à manger et un oreiller froid qui m'attend.

Pardonnez-moi de vous donner de mes nouvelles de cette seule façon mélancolique, mais j'en avais besoin ce soir.

À bientôt et bonne année (j'allais presque l'oublier!). Souhaitons qu'elle soit meilleure que celle qui vient de finir!