Salut gang! (wow, je me sens comme un moniteur scout) Voici, comme prévu, ma contribution à ce blog, que tous attendaient avec impatience, je n’en doute pas. J’écris ce texte en écoutant la magnifique chanson de Pierre Lapointe intitulée « Pointant le nord ». Elle met un petit peu de soleil dans ces jours gris qui semblent interminables et qui m’empêchent d’aller essayer mes nouveaux patins à roulettes. J’ai hâte d’aller user mes roues sur la piste cyclable du Parc Maisonneuve, pour ensuite aller m’installer sous un arbre avec un livre et tout autre instrument me permettant de passer du bon temps (seule mon imagination peut me dicter ce que je traîne là-bas).
Parlant de lectures, je crois que le mot « lire » résume à lui seul l’été qui s’en vient pour moi. J’espère tout de même que d’autres mots viendront s’y greffer, notamment « plaisir », « soleil », « bon temps ». Et pourquoi pas « amour » aussi? Ainsi, j’ai terminé la partie « cours » de ma maîtrise. Je me consacré dès maintenant et exclusivement à mon mémoire. Si ça vous intéresse (et sinon, allez ailleurs), je peux vous dire sur quoi je travaillerai : je tenterai de réaliser une étude comparée des mouvements d’extrême-gauche (maoïste) au Québec et en France. En France, ces mouvements sont apparus au début des années 1960, et les principaux ont disparu au milieu des années 1970. Au Québec, il y a un important décalage : 1972 est l’année de fondation, et les mouvements ont titubé jusqu’en 1982-1983. « Mais quel est l’intérêt d’une telle recherche, mon cher Benoit? », me direz-vous. Vous faites bien de poser la question, puisque je reconnais que ce sujet est repoussant au premier abord, et dénué d’intérêt au second. Mais je ne suis pas de l’avis de ces individus qui croient cela (notamment le professeur de science politique M. Alain-G. Gagnon, pour ne pas le nommer). Lorsque interrogé par moi-même, l’auteur de la principale (et la seule!?) monographie sur l’extrême-gauche au Québec et chercheur à l’Université Concordia, Jean-Philippe Warren, m’a répondu avec un enthousiasme sartrien qu’« un tel projet ne peut qu'être absolument prometteur » et que mon sujet est « très pertinent ». Dans le numéro d’automne2008-hiver 2009 de la revue québécoise Argument, le sociologue français Marnix Dressen, auteur de deux importantes monographies sur l’extrême-gauche française qui portaient plus spécifiquement sur la question des étudiants maoïstes « établis » en usine, esquissait une brève comparaison des mouvements des deux pays, soulignant les différences et les ressemblances. Il croyait lui aussi à la fécondité d’approfondir le sujet afin de comparer les expériences militantes d’extrême-gauche.
Pour ma part, je crois que ce travail est intéressant puisqu’il n’a jamais été fait et permettra aussi de jeter un regard nouveau sur l’extrême-gauche québécoise. Malgré la relative marginalité de ces groupes qui ont rapidement sombré dans l’oubli, il ne faut pas en renier l’importance, car ils ont certes eu une influence sur la politique institutionnalisée et ont attiré beaucoup de figures aujourd’hui importantes au Québec, notamment Gilles Duceppe, Claudette Carbonneau, Françoise David, Alain Dubuc, et j’en passe. L’époque dans laquelle s’insère la vie de ces groupes est aussi importante pour l’histoire du Québec, et a en quelque sorte orienté notre présent et façonné l’évolution de la gauche au Québec, ayant eu une hégémonie sur la gauche au Québec. Comparer l’expérience québécoise avec celle de la France permettra de faire ressortir la particularité du Québec, de son passé, de ses origines, même de son présent. La France a pour sa part connu une nébuleuse maoïste extrêmement influente qui a eu une audience sans commune mesure en Occident. Jean-Paul Sartre, Jean-Luc Godard, Michel Foucault et d’autres intellectuels et figures publiques ont adhéré un certain temps à ces groupes marginaux. Les « maos » ont également su s’attirer, un certain temps du moins, la sympathie du public et des médias, se faisant les « Robin des bois »; le petit peuple contre la bourgeoisie, la France d’en bas contre la France d’en haut. Tenter de rendre compte de ces mouvements quasi-sectaires relève aussi d’une démarche axiologique (qui a rapport aux valeurs) : faire sens de l’insensé, pour employer une formule remâchée mais pertinente. Comprendre ce qui a pu pousser des individus à nier leur vie pour se lancer corps et âme dans une entreprise plus qu’incertaine. Le militantisme révolutionnaire a brisé des individus, des couples, des vies, et mené des anciens militants au suicide, incapables qu’ils étaient de faire face à un échec aussi cuisant après s’être tant investi. Il pourrait également être intéressant d’analyser la psychologie de ces individus qui ont tout sacrifié pour la cause, mais c’est complètement un autre sujet et je laisse cela à d’autres! Mon passé récent de militant, qui est parfois aussi le présent (très léger, je dois le dire), dans certaines manifestations radicales ou modérées m’amène également à m’intéresser à ces groupuscules. Et je dois dire aussi que ma socialisation politique, ou plutôt mon éveil à la chose, s’est faite grâce à la fascination que j’avais pour le communisme soviétique et le rêve éternel d’une autre société. Les mouvements d’extrême-gauche en France et au Québec s’inscrivent dans cette filiation et tentaient en quelque sorte de poursuivre l’œuvre des pionniers, d’où mon intérêt résiduel mais sérieux et certain pour ces mouvements. « Mais pourquoi as-tu besoin de te justifier autant, mon petit Benoit? Ça doit cacher quelque chose… », que vous me répliquerez, convaincu de me piéger par un sophisme. Je ne le sais pas et je ne suis pas en psychanalyse, alors laissez-moi tranquille, je tenais seulement à expliquer mes motivations profondes et moins profondes (je réponds à un sophisme par un autre)!
Bon, je vais arrêter de parler de moi. L’humanité grouille, foisonne et fourmille d’événements aussi importants les uns que les autres, notamment la défaite historique de Rafael Nadal cet après-midi et la défaite tragique de Pittsburgh hier soir. Malheur. Plus près de chez nous, le Centre social autogéré s’était installé vendredi soir dans ses locaux du 2985 rue St-Patrick, dans le quartier Pointe-Saint-Charles. Cet immeuble délabré doit être transformé en condos pour ainsi accélérer l’embourgeoisement du quartier, une traditionnelle tactique pour chasser les pauvres que l’on ne saurait voir! Mais ils existent, n’essayons pas de les cacher, tâchons plutôt de les aider à se sortir de la pauvreté matérielle et de la détresse psychologique dans lesquelles ils sont plus souvent qu’autrement plongés. J’ai dit « s’était » installé, puisque cela n’a duré que 20 heures. L’anti-émeute est venue les déloger pas très gentiment. Il fallait évidemment s’y attendre, c’était prévisible, puisque la création d’un squat est illégale et les organisateurs le savaient. C’est dommage, puisque le projet aurait été extrêmement bénéfique pour la vie du quartier, pouvant créer une « poche de résistance », un lieu où la créativité et une certaine forme de marginalité auraient pu s’exprimer librement. Il était notamment prévu d’y aménager un cinéma indépendant. Dommage.
Sur ce, je vous laisse. Soyez sages et je vais tâcher de faire de même. En attendant le soleil.
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