mercredi 14 juillet 2010

Folie ordinaire

Marc lit paisiblement un livre chez lui. Un roman de Céline (Louis-Ferdinand, et non Dion), avec en sourdine un bon vieux tube des années 80. Rien de mieux pour entretenir son état d'ermite. L'extérieur lui fait peur depuis quelques semaines. Il tente bien que mal de chasser ce vague sentiment qu'il ressent par de trop longs moments. Il tente de sortir et de casser cet isolement qu'il s'afflige à lui-même. Moins on sort et moins on n'a le goût de sortir, paraît-il. Alors Marc essaie donc de combattre ce cercle vicieux. Mais il désespère lentement de n'être qu'un loup solitaire qui ne veut et n'a besoin de personne. Et à force de projeter cela vers les autres, ce sont ces derniers qui ne voudront plus de lui. Il sort et il va vers les autres, mais un goût amer lui reste toujours dans la bouche. Il ressent presque toujours cette étrange sensation. Et cette dernière a plusieurs causes : son incapacité à s'intégrer à un groupe de plus de 5 personnes (surtout si ces personnes ne lui donnent pas une impression d'ouverture), l'auto-réflexivité qu'il s'impose en plein milieu de l'exercice de socialisation (c'est d'ailleurs une constante dans presque toutes les autres sphères de sa vie), le sentiment récurrent de se sentir inintéressant et, par là, jugé, etc. Chez lui, avec lui-même, il n'a pas à affronter ces sentiments et tout devient plus simple. Sa liberté est totale, aucune contrainte ne lui est imposé, sinon celles de son environnement immédiat et de ses propres capacités, ce qui est bien suffisant.

Il est donc rendu au point affolant où il se rend compte qu'il est désespéré du monde extérieur, de la "société", pour emprunter un terme globalisant et à la fois réducteur. Il se sent de plus en plus incompétent et inapte dans un monde où tous semblent capables de fonctionner normalement en interaction avec les autres, alors que lui peine à garder un emploi et de la motivation pour accomplir les plus petites tâches ménagères. Il éprouve aussi la peur, qui refait à nouveau surface dans son esprit, de se lasser de tout : études, travail, routine, changement de routine, amis, ennemis, etc. Une chose et son contraire ne peuvent plus le satisfaire, le rendre heureux, lui arracher un sourire ou le motiver à améliorer sa condition. Enfin, oui, certaines choses réussissent à le rendre heureux, mais ces activités ne durent jamais très longtemps et la réalité le rattrape rapidement. Écouter de la musique ne peut pas être un emploi. À moins d'être chanceux, d'avoir des contacts ou d'avoir une oreille musicale surdéveloppée. Mais Marc n'a rien de cela. Du moins c'est ce qu'il se répète, question de ne pas trop se faire d'attente dans la vie. Plus on a d'attentes et plus on a de chances d'êtres déçu. C'est la philosophie de Marc. Plutôt défaitiste, direz-vous. Mais Marc est fait ainsi. Il a déjà essayé de se souhaiter des bonnes choses, d'être positif et tout et tout. Mais il est seulement retombé de plus haut et s'est fait encore plus mal. Il ne faut pas se méprendre non plus : Marc n'est pas tout le temps négatif, c'est seulement qu'il évite de s'emballer et de se faire des plans d'avenir par peur d'être déçu. C'est le poids des années et l'expérience de la vie qui lui rentrent dedans de plein fouet. Plus les années passent et plus il se sent blasé. Si c'est ainsi au milieu de la vingtaine, qu'est-ce que ça va être dans 5 ou 10 ans? La réponse à cette question l'effraie et c'est pourquoi notamment il se réfugie dans les livres et la musique.

lundi 7 juin 2010

Indifférence et satisfaction

Le regard dans le vide, Martine écoute le dernier album de Catherine Durand et est pensive. Elle a hâte de rentrer à la maison après une dure journée au travail. Tout semble avoir mal été aujourd'hui : le gérant qui était sur son dos, les clients qui se plaignaient de ci et de ça. Même la machine à café a lâché alors qu'une dizaine de clients attendaient leur café. De toute façon, il goûte l'eau de vaisselle, le café. Elle le pense, mais ne le dira pas toutefois. Tim Hortons ne tolère pas la critique. Elle ne croit pas non plus que beaucoup de gens soient capables d'encaisser une critique sans rechigner. Accepter le verdict d'autrui sur ce que nous faisons, sur nos actions, et, par là même, sur ce que nous sommes demande une force intérieure que Martine ne croit pas avoir en ce moment. Mais elle ne se pense pas moins bonne ou meilleure que les autres à ce sujet. Elle a d'ailleurs appris avec le temps que, malgré l'assurance que certains affichent, la plupart doutent tout autant qu'elle. Mais elle se demande toujours comment être capable d'accepter la critique et les réprimandes des autres. Se bâtir une carapace d'indifférence ou avoir une meilleure confiance en soi? Elle ne pense pas non plus qu'il y ait une recette miracle. Chacun fait sa route à sa façon.

Donc Martine attend toujours le métro - le dernier -, et se dit que c'est tout le temps à elle que ces choses là arrivent. Les portes du précédent métro lui ont fermé au visage et elle doit maintenant attendre en silence le wagon qui la ramènera chez elle. À côté d'elle, des fêtards aguerris finissent de célébrer la vie et lui rappellent qu'elle n'a que très peu d'amis avec qui passer des bons moments de ce genre. Ses amis préfèrent plutôt regarder des films insipides et jouer à des jeux vidéos débilitants. Parfois, elle se demande si ses amis sont vraiment ses amis en fait. De vieilles amitiés conservées grâce aux années et à quelques aventures communes finissent souvent par céder au passage du temps et aux changements qui surviennent dans nos vies et nos cœurs. Mais une vieille amitié est parfois comme un vieux couple : les personnes impliquées savent pertinemment que l'expérience commune n'a pas d'avenir, mais la maintiennent en vie parce qu'il est plus simple de ne rien dire, de peur de faire de la peine à l'autre. Le mensonge et l'abnégation sont faciles à porter après les premières années de déception et de douleur. Et si on a été élevé de la sorte, la période d'adaptation est encore plus courte…

Le dernier métro arrive finalement. Martine prend place et espère que sa virée souterraine passe rapidement. Explorer les bas-fonds montréalais la déprime après quelques années. L'émerveillement des premiers déplacements s'est depuis longtemps dissipé. Prendre l'autobus la déprime aussi, il faut le dire. La grisaille des derniers jours la conforte dans son malheur intérieur. Elle n'aura ainsi pas besoin de faire semblant d'être heureuse qu'il fasse beau et pourra aisément meubler ses dialogues professionnels avec la température maussade. Au moins elle ne travaille pas demain et n'aura pas à subir la mauvaise humeur de ses clients. La sienne suffira.

vendredi 1 janvier 2010

Fin d'année et début

(Petits problèmes techniques ce soir : la fin du texte apparaît seulement si on la sélectionne, comme si on voulait la copier, disons. Désolé pour le désagrément.)

Le coeur se noue. Les respirations deviennent plus nerveuses. Le moment est unique, du moins dans une année. 4, 3, 2, 1... Voilà, c'est la nouvelle année! Exit 2009, voici 2010! Bonne année! ... Ah oui, je suis seul, alors je vais garder ces paroles pour moi. Eh oui, pour une deuxième année consécutive, j'étais seul le 31 décembre. Seul comme dans zéro, comme dans ne cherchez pas, il n'y a personne d'autre que moi, personne d'autre à qui dire bonne année, ou avec qui partager ces dernières secondes d'une année qui s'en va pour laisser la place à une autre qui arrive avec son lot de résolutions, de promesses et d'inattendus.

Je me suis donc rendu à l'évidence : ce n'est vraiment pas agréable de vivre en solitaire ces moments normalement euphoriques. Oui, je suis solitaire, mais certains événements sont plus difficilement vivables avec sa seule personne. La soirée était correcte, comme à l'habitude, sinon un peu fébrile. Quelques parties de hockey, American beauty et Natural born killers ont fait leur travail de diversion et de fuite à laquelle je suis habitué depuis quelques temps. Les dernières dizaines de minutes ont cependant suffi pour me rendre de plus en plus mélancolique à l'approche du moment fatidique, ce moment unique dont je parlais plus haut. Les numéros bien ficelés de RBO ont réussi à noyer ce cruel état d'esprit durant quelques minutes, pour ensuite réapparaître une fois le rire terminé et le rideau tombé.

La comédie pouvait cesser, je me retrouvais encore une fois seul. La fuite a ses limites et je me retrouve tôt ou tard confronté à l'inévitable : je suis seul et personne ou presque ne se soucie de cela (je sais que je dramatise et que je prête des intentions aux gens, je m'en excuse pour les personnes qui pensent tout de même à moi. Je reconnais aussi que j'ai ce don pour m'apitoyer sur mon sort, puisque j'aurais pu sans d'immenses efforts contacter quelqu'un qui ne m'aurait pas laissé passer un 31 décembre seul. Mais ce n'est pas très agréable de s'inviter quelque part à ce temps-ci de l'année. Se sentir de trop dans un endroit où l'on connaît peu ou pas d'individus est pire à mon avis que de rester seul. Et puis je dois dire que je m'étais résigné depuis quelques jours à passer mon 31 décembre seul. Mon état d'esprit anticipé était donc celui de quelqu'un qui savait qu'il serait seul. Et cela, croyez-moi, c'est difficile à changer. Mais merci tout de même aux quelques personnes qui ont tenté de me sortir de mon hibernation. Et merci à Thierry de m'avoir appelé peu après le coup de minuit!). C'est donc à ce moment précis et dans les minutes qui suivent que cela a été le plus difficile. La carapace qu'on tente de se forger devient de plus en plus fragile - si elle ne tombe pas tout simplement.

Le constat qui rattache ce petit malheur et le reste de ma vie est celui d'un monde qui s'écroule, qui n'a plus de repère. Je suis justement allé prendre une marche un peu après minuit et, en mode aléatoire, j'ai écouté la merveilleuse chanson "Hold on to what you believe" de Mumford & Sons : "But hold on to what you believe, in the light, when the darkness has robbed you of all your sight". J'en suis venu les larmes aux yeux. Je me sens en quelque sorte comme un être échoué sur une mer dont je ne reconnais pas les rives. Et je n'ai pas de radeau. Je tente tant bien que mal d'en construire un, mais avec des bâtons de popsicle, ce n'est pas tellement solide. Je suis faible. Je ne sais pas qui je suis, je ne sais pas où je vais, je n'ai pas de copine avec qui passer du bon temps. Et la famille. Que dire de plus, sinon que ce n'est plus comme c'était, et ce, pour plusieurs raisons qui seraient trop longues à énumérer ici. Quelques mots peuvent résumer relativement maladroitement la situation de manière générale : érosion, dislocation et désillusion.

Bref, il se fait tard, et je n'ai pas envie de pleurer ma vie ce soir, d'autant plus que j'ai une collation à manger et un oreiller froid qui m'attend.

Pardonnez-moi de vous donner de mes nouvelles de cette seule façon mélancolique, mais j'en avais besoin ce soir.

À bientôt et bonne année (j'allais presque l'oublier!). Souhaitons qu'elle soit meilleure que celle qui vient de finir!

dimanche 8 novembre 2009

Rien... ou presque

Ne vous inquiétez pas, j'écrirai sous peu. Il faut seulement trouver les bons mots!

dimanche 2 août 2009

Fissuration stratosphérique

Bonsoir chers amis lecteurs. Je sais, je sais : je ne vous donne pas souvent de mes nouvelles, je ne suis pas assidu à la tache, et tout, et tout. Mais une de mes résolutions du Noël des campeurs (!) est d’écrire plus souvent sur mon blog. Plus souvent et moins long. Parce que je sais que mes textes sont des fleuves qui se déversent parfois dans un océan de mots dans lequel le lecteur n’a pas toujours envie d’être plongé. Des textes salins, ça laisse un goût amer dans la bouche… (Voyez, je divague encore et encore [et puis, ces parenthèses, ça ne finit plus, à un certain moment!] (surtout quand il y a des crochets dans des parenthèses et des parenthèses dans des crochets de parenthèses… enfin!))
Donc voilà, l’été bat son plein, la chaleur et l’humidité nous accablent, la pluie nous rend dingues… et nous sommes au cœur des festivals! Les Francofolies de Montréal sont entamées et plusieurs bons spectacles sont dignes d’intérêt. Je vous laisse aller consulter le tout sur le site des Francofolies. Le Festival de Jazz a aussi été très bon. Je suis allé voir Patrick Watson, qui nous a offert un spectacle mémorable! Je prends aussi goût aux petits spectacles intimistes de formations musicales émergentes. Les prestations sont très bonnes, à moindre coût, et nous pouvons découvrir les artistes de demain… ou d’autres artistes qui n’auront pas la chance de percer, et ce, malgré un talent indéniable! Je suis allé voir au début du mois de juillet Cornut, mené par une pianiste très talentueuse. La semaine dernière, j’ai assisté à un spectacle d’Éléphantine, qui va sortir son album le 25 août prochain : à surveiller! Ils jouaient avec la formation Our book & the authors, que je ne connaissais pas, mais qui m’a agréablement surpris, au point que j’achète leur disque produit sans aucune maison de production. Le 26 août, Our book & the authors joue au Divan Orange en compagnie d’une autre formation émergente, soit Feathership. Ce groupe a une musique planante qui mérite d’être connue, aux accents des Beatles et de la brit-pop.
À part cela, je suis redevenu célibataire. Une étoile filante pas comme les autres dans un été pas comme les autres. C’est la vie, à ce qu’il paraît. Mais si les chats n’ont que neuf vies, qu’en est-il des ruptures amoureuses qui nous tuent chaque fois?
Sinon, je tente de continuer mes lectures. La motivation est plus difficile à trouver depuis la semaine dernière. Elle s’est évaporée et je dois la retrouver rapidement, puisque j’arrive près de la fin de l’été et de la ligne d’arrivée… d’un nouveau commencement et d’un travail en continuité avec ce que je fais présentement. C’est un creux de vague comme on peut en avoir à l’occasion, mais je reprendrai le dessus (la pensée positive, il paraît que ça fonctionne…).
Et puis je suis aussi très heureux que la « mission » Endeavour, ou je ne sais trop le nom, soit finie. Pour les médias qui n’ont rien à se mettre sous la dent durant l’été, ç’aura été du bonbon. Avec les 40 ans du premier pas de l’Homme sur la Lune, en plus, et les faux départs, et tout, et tout. Quel psychodrame ridicule pour une activité qui est, à bien y penser, polluante, inutile, qui engouffre des fonds publics et n’apporte rien à l’humanité, sinon que le rêve de sortir de cette planète pour y découvrir d’autres endroits que la race humaine pourrait détruire tout ce qu’elle trouve sur son passage, comme elle le fait sur la Terre (je vous suggère à ce sujet une petite fable moderne sur ce thème). Les milliards de dollars investis dans la « course à l’espace » étaient à l’origine un pur produit de la Guerre froide. Aujourd’hui, ils ne sont qu’une débilité techno-scientifique visant à assurer l’emprise de la science et de l’esprit soi-disant rationnel sur la société et les individus dociles qui doivent faire confiance à ceux qui sont capables d’envoyer des Hommes (et des Femmes) marcher sur la Lune et flotter dans l’Espace. Un gros condensé de n’importe quoi, que cet autre épisode spatial!
Sur ce, à la prochaine!
P.S. : je sais, j’ai encore écrit un petit roman, mais c’est un peu plus court qu’à l’habitude!

dimanche 31 mai 2009

Cachez ces pauvres que je ne saurais voir!

Salut gang! (wow, je me sens comme un moniteur scout) Voici, comme prévu, ma contribution à ce blog, que tous attendaient avec impatience, je n’en doute pas. J’écris ce texte en écoutant la magnifique chanson de Pierre Lapointe intitulée « Pointant le nord ». Elle met un petit peu de soleil dans ces jours gris qui semblent interminables et qui m’empêchent d’aller essayer mes nouveaux patins à roulettes. J’ai hâte d’aller user mes roues sur la piste cyclable du Parc Maisonneuve, pour ensuite aller m’installer sous un arbre avec un livre et tout autre instrument me permettant de passer du bon temps (seule mon imagination peut me dicter ce que je traîne là-bas).
Parlant de lectures, je crois que le mot « lire » résume à lui seul l’été qui s’en vient pour moi. J’espère tout de même que d’autres mots viendront s’y greffer, notamment « plaisir », « soleil », « bon temps ». Et pourquoi pas « amour » aussi? Ainsi, j’ai terminé la partie « cours » de ma maîtrise. Je me consacré dès maintenant et exclusivement à mon mémoire. Si ça vous intéresse (et sinon, allez ailleurs), je peux vous dire sur quoi je travaillerai : je tenterai de réaliser une étude comparée des mouvements d’extrême-gauche (maoïste) au Québec et en France. En France, ces mouvements sont apparus au début des années 1960, et les principaux ont disparu au milieu des années 1970. Au Québec, il y a un important décalage : 1972 est l’année de fondation, et les mouvements ont titubé jusqu’en 1982-1983. « Mais quel est l’intérêt d’une telle recherche, mon cher Benoit? », me direz-vous. Vous faites bien de poser la question, puisque je reconnais que ce sujet est repoussant au premier abord, et dénué d’intérêt au second. Mais je ne suis pas de l’avis de ces individus qui croient cela (notamment le professeur de science politique M. Alain-G. Gagnon, pour ne pas le nommer). Lorsque interrogé par moi-même, l’auteur de la principale (et la seule!?) monographie sur l’extrême-gauche au Québec et chercheur à l’Université Concordia, Jean-Philippe Warren, m’a répondu avec un enthousiasme sartrien qu’« un tel projet ne peut qu'être absolument prometteur » et que mon sujet est « très pertinent ». Dans le numéro d’automne2008-hiver 2009 de la revue québécoise Argument, le sociologue français Marnix Dressen, auteur de deux importantes monographies sur l’extrême-gauche française qui portaient plus spécifiquement sur la question des étudiants maoïstes « établis » en usine, esquissait une brève comparaison des mouvements des deux pays, soulignant les différences et les ressemblances. Il croyait lui aussi à la fécondité d’approfondir le sujet afin de comparer les expériences militantes d’extrême-gauche.
Pour ma part, je crois que ce travail est intéressant puisqu’il n’a jamais été fait et permettra aussi de jeter un regard nouveau sur l’extrême-gauche québécoise. Malgré la relative marginalité de ces groupes qui ont rapidement sombré dans l’oubli, il ne faut pas en renier l’importance, car ils ont certes eu une influence sur la politique institutionnalisée et ont attiré beaucoup de figures aujourd’hui importantes au Québec, notamment Gilles Duceppe, Claudette Carbonneau, Françoise David, Alain Dubuc, et j’en passe. L’époque dans laquelle s’insère la vie de ces groupes est aussi importante pour l’histoire du Québec, et a en quelque sorte orienté notre présent et façonné l’évolution de la gauche au Québec, ayant eu une hégémonie sur la gauche au Québec. Comparer l’expérience québécoise avec celle de la France permettra de faire ressortir la particularité du Québec, de son passé, de ses origines, même de son présent. La France a pour sa part connu une nébuleuse maoïste extrêmement influente qui a eu une audience sans commune mesure en Occident. Jean-Paul Sartre, Jean-Luc Godard, Michel Foucault et d’autres intellectuels et figures publiques ont adhéré un certain temps à ces groupes marginaux. Les « maos » ont également su s’attirer, un certain temps du moins, la sympathie du public et des médias, se faisant les « Robin des bois »; le petit peuple contre la bourgeoisie, la France d’en bas contre la France d’en haut. Tenter de rendre compte de ces mouvements quasi-sectaires relève aussi d’une démarche axiologique (qui a rapport aux valeurs) : faire sens de l’insensé, pour employer une formule remâchée mais pertinente. Comprendre ce qui a pu pousser des individus à nier leur vie pour se lancer corps et âme dans une entreprise plus qu’incertaine. Le militantisme révolutionnaire a brisé des individus, des couples, des vies, et mené des anciens militants au suicide, incapables qu’ils étaient de faire face à un échec aussi cuisant après s’être tant investi. Il pourrait également être intéressant d’analyser la psychologie de ces individus qui ont tout sacrifié pour la cause, mais c’est complètement un autre sujet et je laisse cela à d’autres! Mon passé récent de militant, qui est parfois aussi le présent (très léger, je dois le dire), dans certaines manifestations radicales ou modérées m’amène également à m’intéresser à ces groupuscules. Et je dois dire aussi que ma socialisation politique, ou plutôt mon éveil à la chose, s’est faite grâce à la fascination que j’avais pour le communisme soviétique et le rêve éternel d’une autre société. Les mouvements d’extrême-gauche en France et au Québec s’inscrivent dans cette filiation et tentaient en quelque sorte de poursuivre l’œuvre des pionniers, d’où mon intérêt résiduel mais sérieux et certain pour ces mouvements. « Mais pourquoi as-tu besoin de te justifier autant, mon petit Benoit? Ça doit cacher quelque chose… », que vous me répliquerez, convaincu de me piéger par un sophisme. Je ne le sais pas et je ne suis pas en psychanalyse, alors laissez-moi tranquille, je tenais seulement à expliquer mes motivations profondes et moins profondes (je réponds à un sophisme par un autre)!
Bon, je vais arrêter de parler de moi. L’humanité grouille, foisonne et fourmille d’événements aussi importants les uns que les autres, notamment la défaite historique de Rafael Nadal cet après-midi et la défaite tragique de Pittsburgh hier soir. Malheur. Plus près de chez nous, le Centre social autogéré s’était installé vendredi soir dans ses locaux du 2985 rue St-Patrick, dans le quartier Pointe-Saint-Charles. Cet immeuble délabré doit être transformé en condos pour ainsi accélérer l’embourgeoisement du quartier, une traditionnelle tactique pour chasser les pauvres que l’on ne saurait voir! Mais ils existent, n’essayons pas de les cacher, tâchons plutôt de les aider à se sortir de la pauvreté matérielle et de la détresse psychologique dans lesquelles ils sont plus souvent qu’autrement plongés. J’ai dit « s’était » installé, puisque cela n’a duré que 20 heures. L’anti-émeute est venue les déloger pas très gentiment. Il fallait évidemment s’y attendre, c’était prévisible, puisque la création d’un squat est illégale et les organisateurs le savaient. C’est dommage, puisque le projet aurait été extrêmement bénéfique pour la vie du quartier, pouvant créer une « poche de résistance », un lieu où la créativité et une certaine forme de marginalité auraient pu s’exprimer librement. Il était notamment prévu d’y aménager un cinéma indépendant. Dommage.
Sur ce, je vous laisse. Soyez sages et je vais tâcher de faire de même. En attendant le soleil.

mercredi 27 mai 2009

Le retour du poète en moi

Bien le bonjour, j'ai composé en ce début d'après-midi un petit poème mi-serein, mi-triste; à vous de décider. J'étais un petit peu rouillé côté poème, alors je ne suis pas certain du résultat, ce sera encore à vous de décider (c'est vraiment un endroit démocratique ici!). Je reviendrai très prochainement vous parler de moi et vous livrer quelques commentaires sur des sujets dignes d'intérêt. À suivre.
En attendant, bonne lecture!


On n’oublie pas

On n’oublie pas,
Pour le meilleur et pour le pire,
Tout ce à quoi on aspire,
Et ce qui est derrière chacun de nos pas.

On voudrait pourtant oublier certains souvenirs,
Des moments embarrassants
Aux souvenirs troublants,
Ceux que notre mémoire voudrait bannir.

D’autres pensées reviennent nous hanter,
Signe d’un passé qui nous a violenté.
Face à cela on s’impatiente,
On voudrait que tout décante.

Dès lors, notre cerveau ne cesse de bavarder,
Et l’on devient rapidement excédé,
Suppliant nos souvenirs de choisir une autre victime.
On ne peut plus vivre avec la déprime.

C’est pourtant si facile de tout glisser sous le tapis,
D’oublier ce qui nous fait mal,
De rester accroupi
Tout en essayant d’être « normal ».

La vie passe tout de même,
La Terre continue de tourner,
On ne demeure pas figé dans nos problèmes,
Ce qui ne veut pas dire qu’il faille les contourner.

L’épreuve est donc d’affronter
Ce qui ne peut être oublié,
Car il n’y a pas de sablier
À la fin duquel nos épreuves seront surmontées.

Nos souvenirs nous appartiennent,
Ils sont là de manière quotidienne,
Avec leurs beaux côtés et leurs travers,
Avec leurs blessures et leurs revers.

Les remords non plus ne changeront rien
Et nous feront plus de tord que de bien.
Ils ne nous ramèneront pas en arrière,
Mais dresseront plutôt des barrières.

Seules nos actions influencent notre vie.
Nos pensées et nos émotions doivent les guider.
Même si l’on ne s’en rend compte souvent qu’a posteriori,
C’est cela qu’il ne faut pas oublier.

lundi 16 mars 2009

Violence légitime?

Après trois mois d’absence (pardonne-moi cher blog, mais je viens quand même consulter la photo quotidienne dont tu me fais don et qui illumine ma journée), me voici de retour, ne serait-ce que pour vous signaler que je suis encore en vie. Une conjonction de facteurs aussi farfelus les uns que les autres m’ont incité à cesser temporairement les activités de mon blog, bien que ce ne soit pas non plus une décision délibérée.
Tout d’abord, je veux vivre. Puis-je vivre? Laissez-moi vivre! Non, je délire, mais c'est tout de même exigeant de tenir un blog. Regardez ce texte, je l’écris alors que la nuit est tombée, que les rues sont dominées par les moufettes et leurs congénères : c'est pas facile la vie d’artiste. Et puis je ne suis pas payé, contrairement à tous ces Patrick Lagacé du monde. Et tant qu’à ne rien dire d’intéressant ou à me forcer pour écrire quelque chose d’insipide, je préfère ne rien dire. N'est-ce pas, Patrick?
Deuxièmement, le peu d’intérêt dont mes lecteurs (s’il y en a) ont fait preuve ne m’incite pas à aller de l’avant. Non pas que j’écrive mes textes seulement pour avoir une rétroaction, mais c’est quand même motivant de savoir que les gens nous lisent et que nous suscitons une réflexion, ou au moins une réaction.
Ensuite, un passe-temps relativement nouveau occupe relativement beaucoup de temps dans ma vie. J’ai commencé à jouer de la guitare au mois de novembre, je crois, et ce loisir me passionne vraiment. Et pour progresser, il faut y mettre du temps. C'est donc ce que je fais, avec des résultats plus que satisfaisants, si bien que je suis toujours tenté d’apprendre plus et d’aller plus loin! Mais la guitare est vraiment un beau passe-temps, divertissant autant qu’expiatoire ou thérapeutique.
Mais cette semaine, j’ai le temps d’écrire, je n’ai pas de cours, étant un « otage » (remarquez les guillemets, utilisés ici pour dénoncer la surenchère verbale de ce mot et la surutilisation dans nos médias pour toutes les situations, très souvent inappropriées) de la grève des professeurs de l’UQAM. Mes deux cours sont donc affectés par cette situation cette semaine, et la grève pourrait se prolonger au moins d’une autre semaine. Les professeurs sont sans contrat de travail depuis mai 2007. Ils demandent l’embauche de 300 professeurs et une hausse de salaire qui les mettrait au niveau des autres universités québécoises. On ne peut pas être contre ces revendications, puisque le nombre de professeurs par étudiants est le plus faible de toutes les universités québécoises. De plus, les professeurs craignent de se faire imposer un lock-out durant l’été, alors que les cours tournent au ralenti. Je vais donc profiter de cette semaine pour me sortir la tête de l’eau et tenter d’avancer mes travaux. La fin de session vient vraiment vite!
Je suis allé faire un tour aujourd’hui à la manifestation tenue dans le cadre de la Journée internationale contre la brutalité policière, organisée par le Collectif opposé à la brutalité policière. Je ne suis cependant pas resté très longtemps. L’atmosphère en était une d’état de siège, ou bien de quasi guerre civile. L’anti-émeute était tellement sur les dents qu’être dans la foule, même si on ne faisait que crier des slogans, était suffisant pour recevoir un coup de matraque et être coupable d’un crime quelconque. La cavalerie était même déployée pour cet événement! Les policiers prenaient cette journée vraiment au sérieux et avaient pris de grandes précautions. Ils ont même entravé le droit constitutionnel de manifester en bloquant la ligne orange du métro de Montréal, prétextant une panne. De plus, le service d'autobus passait outre la station Mont-Royal, lieu du rassemblement de la manifestation. Des policiers anti-émeute, appuyés par la cavalerie, ont également bloqué le coin des rues St-Denis et Mont-Royal, restreignant ainsi l'accès à la manifestation et scindant les protestataires en groupes séparés.
Dans ce genre de manifestation, la provocation vient des deux côtés, il faut le dire. La question est de savoir quel côté donnera l’occasion à l’autre de légitimer sa brutalité ou sa violence. Répondre à cette question est ardu, et c'est pourquoi je crois qu’il faut se garder de critiquer trop sévèrement un côté ou l’autre, ou encore d’absoudre les excès de l’un ou de l’autre. Une chose est certaine cependant, la police a la loi de son côté et agit en toute impunité, détenant, selon la formule du sociologue allemand Max Weber, le monopole de la violence physique légitime. Le cycle de la violence ne prendra jamais fin. Car la violence des manifestants est la réponse à une violence de l’État, il ne faut pas le nier. Répondre à la violence par la violence n’est sûrement pas approprié, mais cette réponse ne vient pas seulement de « bums » et de « voyous », comme a dit Claude Poirier hier. Elle est aussi le fait d’individus victimes de profilage racial et social qui se sentent marginalisés dans une société capitaliste qui laisse peu de place à ce genre d’individus qui ne se retrouvent pas dans ce que la société leur offre comme possibilités. De plus, le fait que les manifestants soient confrontés directement et de manière disproportionnée à la force policière qu’ils dénoncent justement favorise et rend à toutes fins pratiques inévitable un affrontement. Mais il faut noter que ce genre d’événements attire des individus qui ont peu de chose à voir avec la cause politique, mais qui sont là pour se ramasser une « quille » lors d’un des nombreux pillages qui ont lieu. Soulignons finalement la présence très notoire d’agitateurs et d’indicateurs au service de la police, qui sont là seulement pour faire du grabuge en espérant que les autres les suivent afin de justifier une répression policière. Qu’à cela ne tienne, il y a eu plus de 200 arrestations hier dans le cadre de cette manifestation. Attendons de voir le bilan et les accusations portées avant de nous prononcer là-dessus, même si certains le font déjà. Des accusations de brutalité sont déjà lancées, alors que d'autres questionnent le travail des policiers, et certains déplorent la « casse » de la manifestation.
Bon voilà, je crois que j’en ai assez écrit pour ce soir! Je vais tenter de revenir avant le mois de juin! Mais je vais finir ma session avant, si vous permettez?
Allez, portez-vous bien!

mercredi 17 décembre 2008

Pétards et peanuts

Je ne sais pas pour vous, mais de mon côté je suis en vacances depuis lundi 13 h 12, heure à laquelle je suis allé porter mon dernier travail. Une autre session de terminée, ma neuvième à la merveilleuse Université du Québec à Montréal. L’UQAM a d’ailleurs fait les manchettes la semaine dernière, avec cette histoire de colis suspect et de pétards. Deux canulars qui ont mis les policiers sur les dents. Il est difficile de les blâmer, dans le contexte des attaques quasi annuelles dont les écoles font les frais un peu partout. Imaginez si quelque chose était vraiment arrivé et que les policiers n’avaient pas fait preuve de zèle comme cela a été le cas. Ils se seraient faits blâmer sévèrement et la révolution aurait suivi! Les pauvres étudiants enfermés dans leur salle de classe devront donc finir une semaine plus tard que prévu!

Sur un autre plan, ce fut une bizarre de soirée d’élection en ce 8 décembre, la dernière pour Bernard Derome. J’ai commencé à l’écouter vers 21 h, et il paraît que les réseaux avaient annoncé dès 20 h 30, soit 30 minutes après la fermeture des bureaux, que le PLQ formerait un gouvernement majoritaire. Les réactions dans chacun des partis était cocasse : le PLQ semblait avoir perdu, le PQ était triomphaliste, Québec solidaire semblait avoir pris le pouvoir. Seule l’ADQ avait une réaction liée à ses résultats : la mine déconfite face à des militants défaits, Dumont a annoncé son départ. Même si certains ont pu dire que c'est un grand homme qui quitte, je ne crois pas que c’est une bien grande perte pour la vie politique québécoise. Il a tenté d’importer des idées de droite au Québec, mais les citoyens n’en veulent pas. Point. Seulement les idées de centre-droit de Charest passent. Allez dont comprendre pourquoi. Faut croire que les « contribuables » pensent à leur argent et leurs biens avant de penser au bien commun ou aux itinérants qui meurent de froid.

Au fédéral, Michael Ignatieff a finalement détrôné Stéphane Dion à la tête du Parti libéral du Canada. Je crois que cela signifie à toutes fins pratiques la mort de la coalition. Même si Ignatieff a pu dire qu’il entendait respecter l’accord de coalition, il a dit également du même souffle qu’il attendrait de voir le budget avant de voter contre. Connaissant le flair politique habituel de Stephen Harper (même s’il l’avait mis de côté dernièrement), le chef du PC saisira sûrement l’occasion pour donner quelques peanuts aux libéraux pour qu’il puisse les mettre dans sa petite poche. Tout le monde sait qu’Ignatieff est bien plus préoccupé à tenter de rebâtir son parti, trouver des fonds et se faire une image publique de chef qu’à gouverner le Canada avec des « socialistes » et des « séparatisses ». Les rapports de force viennent donc de changer et, à court terme, cela ne favorise pas le maintien de cette coalition somme toute hétéroclite. Ignatieff se rendrait vulnérable en dirigeant cette coalition. Il sait qu’il lui serait préférable d’attendre 6 mois à 1 an, ensuite défaire Harper et aller en élections générales afin de s’emparer du pouvoir « légalement ». (Il faut toutefois noter la démagogie à ce propos. Il aurait été tout à fait légal et constitutionnel que les partis d’opposition prennent le pouvoir. La démocratie parlementaire fonctionne ainsi : les citoyens élisent un député, qui se présente la plupart du temps sous la bannière d’un parti, et non un premier ministre, et ce député fait ce qu’il veut ensuite. S’il veut changer de parti, personne ne peut l’en empêcher. S’il veut joindre les rangs d’une coalition, il a les mains libres.)

La guerre de l’opinion publique est déclenchée entre le Journal de Montréal et ses employés syndiqués. Le syndicat affirme avoir un bon butin de guerre et accuse son employeur d’être intransigeant et d’avoir préparé le futur lockout en engageant depuis plusieurs mois des cadres et des employés non-syndiqués. L’employeur renvoie l’accusation d’intransigeance au syndicat et dit que son torchon doit devenir un journal moderne pour être en mesure d’affronter la crise économique. (C'est cocasse de voir à quel point les arguments de l’employeur sont semblables à la rhétorique de presque tous les partis de droite.) Le fossé semble immense et l’employeur décidera fort probablement de mettre ses employés en lockout au mois de janvier, alors qu’expirera la convention collective. Le syndicat disposera toutefois d’un argument juridique pour tenter de limiter les excès de Quebecor. La Commission des relations du travail a rendu cette semaine une décision blâmant le Journal de Québec pour leur embauche de briseurs de grèves dans leur plus récent conflit. Cette décision crée un précédent favorable au syndicat dans sa future bataille. Souhaitons qu’il puisse résister à la machine de Quebecor, qui ne lui fera pas de cadeau. La plupart des filiales de l’empire traînent de la patte et la panique semble s’installer dans l’entreprise. Nous verrons comment elle réagira dans ce conflit.

Question de s'acharner encore un peu plus sur ces pleutres, TQS descend très bas dans sa tentative de récupérer son auditoire perdu et de se repositionner dans le marché télévisuel. Vous pouvez aller jeter un coup d'oeil aux nouveaux projets plus que ridicules de la chaîne des frères Rémillard, qui devrait sérieusement se faire enlever sa licence de télévision généraliste pour s'en faire donner une de "télé-poubelle" (je sais que ça n'existe pas, mais le CRTC pourrait l'inventer pour s'adapter à l'évolution de TQS).

Pour finir sur une note musicale, j’ai découvert cette semaine le groupe rock français BB Brunes. Ils sont les nouveaux enfants terribles du rock français et ne laissent personne indifférent. Ils ont eu un gros succès en France avec leur premier album, qui est sorti au Québec dernièrement. Ils ont un son lourd, des paroles souvent candides ou légères, provocantes à l’occasion. Mais l’énergie du groupe est contagieuse et je vous invite donc à les découvrir, ça en vaut la peine.
Joyeuses fêtes à tous!

samedi 29 novembre 2008

Actualité chargée

Je voulais vous parler de quelques sujets d’actualité, qui est très féconde ces jours-ci.
Avant de commencer, je tiens à préciser que vous devrez maintenant m’appeler « Monsieur » quand vous communiquerez avec moi, puisque je suis officiellement bachelier ès arts de science politique. J’ai en effet reçu par la poste, ce jeudi, mon diplôme. La grève de l’hiver dernier a retardé l’envoi de ce bout de papier, mais maintenant je l’ai. Voilà pour cela.
Ça brasse au fédéral. Stephen Harper a même dû retarder d’une semaine le vote de confiance initialement prévu pour lundi le 1er décembre (fête de mon frangin). Ce sera donc le 8 décembre, jour d’élection provinciale. Grosse journée en vue. On parle maintenant d’une coalition PLC-NPD avec l’appui tacite du Bloc, puisque les deux partis n’auraient pas assez de sièges pour avoir une majorité, et même une minorité. Harper parle presque de « coup d’État ». Certes, ces partis n’ont pas eu le « mandat » de gouverner, mais face aux mesures illégitimes et anti-démocratiques exposées dans l’énoncé économique, ces partis ont raison de se retourner contre le parti au pouvoir. Couper le financement public des partis ne peut être qu’une mesure bassement partisane visant à couper tout financement aux partis. Le Parti conservateur est autrement plus riche que ses concurrents et profiterait le plus de cette mesure. Et qu’il ne nous dise que c'est pour sauver un gros 30 millions. Sur un budget de 250 milliards, c'est bien peu. Harper nous a donc livré un discours larmoyant, lui qui craint pour son gouvernement actuel… mais qui voudrait bien d’une nouvelle élection pour obtenir finalement un gouvernement majoritaire afin d’achever les autres partis. Ce sera intéressant de surveiller les développements des prochaines semaines (cela confirme ce que je croyais : les moments de crise de toute sorte sont les épisodes les plus intéressants pour quiconque s’intéresse à la joute politique, quoiqu’en dise Jean Charest).
Par ailleurs, c’était une journée meurtrière aux États-Munis d’Amiriches hier. Des clients en furie ont piétiné un « associé » d’un Wal-Mart new-yorkais à l’ouverture très matinale en cette fin de semaine d’Action de grâces, qui marque le début du magasinage des fêtes. Je crois qu’il n’y a pas autre chose à rajouter. Ça fait pitié et ça rejoint ce dont je parlais dans mon dernier envoi concernant la surconsommation.
Toujours aux États-Unis, une 2e élection historique a eu lieu le 4 novembre dernier : un(e) maire(sse) transsexuel a été élu dans une petite ville de l’Oregon, Silverton. Plutôt inusité dans un pays conservateur.
De l’autre côté de la planète, se tient en Russie une « foire des millionnaires » où des ultras riches vont flasher et faire un pied de nez à la crise économique et à toutes ces personnes qui ont perdu leur emploi ou vont le perdre. Une élite fortunée vit vraiment en retrait des bouleversements qui affectent le commun des mortels. Ils sont à l’écart des fluctuations de la Bourse, et même si leurs titres baissent un peu, ils ont des économies qui sont transmises de génération en génération. C'est souvent ainsi que fonctionne la richesse. C'est surtout indécent dans un pays comme la Russie (pas seulement en Russie non plus), où, malgré le boom économique des dernières années, les inégalités de revenus sont énormes et où beaucoup d’individus vivent dans des conditions de vie difficiles.
Finalement, cela semble se confirmer de plus en plus : une grève devrait éclater dès le mois de janvier au Journal de Montréal. Le syndicat et la partie patronale ne s’entendent pas sur des points cruciaux et l’écart serait très grand, voire insurmontable. Au cœur des différends, il y a la convergence et la semaine de travail. L’employeur voudrait que les journalistes travaillent plus, faisant passer leur semaine de travail de 32 à 37 heures et graduellement de 4 à 5 jours par semaine, le syndicat craignant qu’à terme des postes soient éliminés. La convergence est un sujet aussi épineux et controversé. Les journalistes sont de plus en plus embarrassés (je les comprends et je le serais à moins…) de devoir parler de Star académie et des autres produits de l’empire Quebecor. L’empire imposerait aussi sa ligne éditoriale aux journalistes. Les démentis de l’employeur ne sont toutefois pas très convaincants. On se dirige vers un conflit semblable à celui qui a eu cours au Journal de Québec et qui a duré plus d’un an. PKP veut tout simplement briser le syndicat pour lui imposer sa manière de faire et de voir. Ce n’est pas pour rien qu’il s’implique maintenant plus directement dans la gestion de Quebecor Media. Une grève peut toutefois être dommageable pour un journal. Le Journal de Montréal était d’ailleurs né au moment d’une grève à La Presse en 1964. Pierre Péladeau en avait profité pour ravir des lecteurs au quotidien montréalais. Le contexte est toutefois bien différent aujourd’hui. La convergence peut justement permettre de continuer à publier un contenu insipide mais qui satisfera les exigences des lecteurs assidus. Quebecor détient le journal gratuit 24 heures et pourrait ainsi s’en servir et reproduire une partie de son contenu. L’empire détient aussi d’autres journaux anglophones, avec sa filiale Corporation Sun Media, notamment le quotidien Toronto Sun. Un autre dossier à suivre.